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Valmy, le vagabond mélomane

16 février 2013 Aucun commentaire

Valmy_mag37Il y a des êtres rares qui ont le coeur au bord des yeux. Valmy est de ceux-là. Quand il vous parle, le monde autour de vous s’illumine et devient soudain féerique parce qu’il enveloppe de ses plumes d’ange tatoué les petites et les grandes misères.

J’ai commencé à jouer de l’orgue de barbarie il y a vingt ans. Avant, j’ai fait plein de petits métiers : cordonnier, peintre industriel, barman, maître d’hôtel, boulanger… mais en parallèle j’ai toujours fait de la musique. J’ai chanté une première partie à l’Olympia et six ans chez Pascal Sevran.

Qu’est-ce qui t’a amené à ne jouer que de l’orgue de Barbarie ?

J’ai tout lâché parce que ça ne m’apportait rien. L’orgue de Barbarie, c’est ma passion et j’y ai trouvé ma liberté. Pas riche, mais libre ! J’ai toujours voulu ne faire que ça depuis que je suis gamin. J’ai jamais perdu mon fil. Ça n’a pas été facile, mais je me sens tellement bien dans ma peau ! En plus, j’ suis pas seul, j’ai ma chienne et j’habite Montmartre !

J’ai toujours aimé les tatouages. J’ai Fréhel sur un bras et un apache parisien sur l’autre. Ca fait partie de moi. J’avais 11 ans quand je me suis fait mon premier tatouage – une croix – sur le doigt, surnommé « le doigt du voleur ». Les tatouages représentent une période de ma vie. Pour moi, Fréhel c’est ma vie. Et je pleure quand je chante ses chansons *.

Des souvenirs pas chouettes ?

Un jour, un mec passe avec ses trois gamins qui étaient émerveillés par l’orgue et leur père leur a dit : « Restez pas là, c’est un voleur ! ».

Des souvenirs sympas ?

Les gosses m’appellent « le monsieur au carton qui chante ! ». Je passe de grands moments. Les cons, je les envoie chier en général. Pourtant, je suis un gentil. J’ai aussi vécu des choses très émouvantes. Un jour, une très vieille dame arrive place Émile-Goudeau et elle me dit : « Je suis venue faire un pèlerinage parce que c’est ici que mon mari m’a embrassée la première fois. »

Que représente l’orgue pour toi ?

C’est une vraie machine humaine qui peut autant énerver ou déranger qu’émouvoir. J’ai eu des contacts incroyables ! Surtout avec les enfants. L’année dernière, une bande de gamins s’est approchée et quand j’ai joué La Complainte de la Butte, ils se sont mis à chanter ! J’étais scotché qu’ils connaissent les paroles par coeur ! Du coup, les commerçants sont venus et m’ont apporté de la bière ! À Montmartre, les vrais gens d’ici sont chouettes et il y a une solidarité. Pour moi, tout s’est passé ici.

Quel est le sens de ta vie ?

J’ai envie de faire plaisir aux gens et aux enfants, pour qu’ils aient autre chose dans les oreilles. Je veux faire du bien jusqu’à mon dernier souffle.

On n’a pas besoin de grand-chose dans l’existence, juste d’être bien dans sa peau. Et ta valeur, c’est ton seul bien. C’est la seule chose que tu peux emporter avec toi. Ce ne sont pas les êtres humains qui m’ont aidé à comprendre ça, c’est ma chienne. Je vais à l’essentiel : ma musique, mes amis, ma chienne Belle… Je l’ai sauvée, mais en réalité c’est elle qui m’a sauvé ! Je ne fais jamais de musique sans elle. Je suis un vagabond mélomane, j’aime tout ce qui se passe dans la rue. À Montmartre, on peut voyager à tous les coins de rues et quand t’as la force de la poésie de la Butte, y a rien qui peut t’atteindre. À Montmartre il y a le Sacré-Coeur et les gens d’ici ont un coeur sacré.

Propos recueillis par Nadine Monfils

* Notre compatriote et immense actrice Myriam Boyer va interpréter le rôle de Fréhel au théâtre le Petit Montparnasse dans une pièce d’Emmanuel-Robert Espalieu, en janvier 2013.

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