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Balade dans Montmartre, vers la place du Calvaire

1 juillet 2009 Aucun commentaire

Au sortir de la bouche de métro Abbesses, prenez sur la gauche rue La Vieuville. Cette rue garde encore, avec bonheur, quelques échoppes d’artisans et figure ainsi une image d’un Paris d’autrefois : celui des petits métiers, du commerce de proximité, loin des grandes enseignes et des franchises avides de mètres carrés.
La Vieuville vous conduit au tumulte chaleureux de la rue des Trois-Frères qu’il vous faut traverser afin d’entamer votre ascension de 89 marches vers la rue Berthe : « Bien le bonsoir Monsieur Bruant » !
À gauche, rue Gabrielle et vous y êtes : les 89 marches de la rue Drevet s’offrent à vous. L’expression populaire, « Je la porte, ma croix ! », prend alors tout son sens, surtout avec l’âge quand le coeur commence à avoir ses raisons.
Reprenez votre souffle en contemplant l’engageante rondeur du joli fessier de la joggeuse qui, isolée dans les agressives sonorités de son casque baladeur, vous a déposé, du haut de ses vingt ans, dans l’escalier qui, pour vous, tourne Golgotha !
Ce n’est plus une ascension mais un calvaire, d’ailleurs vous y êtes, rue du Calvaire, et quand, pour ralentir encore une fois la marche de votre coeur, vous vous retournez, Paris est à vos pieds ! Et si, aidé en soi par la magie de la palette de l’astre du jour, les roses, les gris, les jaunes, les rouges, les noirs, les bleus, les blancs s’accrochent à l’exceptionnelle harmonie de la ville, vous vous dites que le chemin en valait la peine ! Vous êtes devant l’un des plus beaux paysages au monde !
Et c’est ainsi que vous touchez votre salaire, rue du Calvaire ! Vous pouvez même prendre un peu de repos sur les bancs publics ou les murets dans l’ombre tendre de la place ou aller vous « faire voir chez Plumeau », ancienne Auberge du coucou.
Place du calvaire, ne cherchez pas de croix : s’il y en a eu, il n’y en a plus. Pour la croix, traversez la place du Tertre et tournez à droite vers le Sacré-Coeur. Là, en matière de représentation religieuse, la basilique fera votre bonheur : toute la quincaillerie, sabre et goupillon, pour, au gré des idéologies dominantes, protéger ou contraindre le peuple.
Si cependant, pour vous, il s’agit de ferveur, tournez les talons, remontez la rue Saint-Eleuthère et entrez dans l’église abbatiale du monastère bénédictin de Saint-Pierre-de-Montmartre : là, plus de quincaillerie, mais respect et silence, du sacré, du vrai, de l’abouti, de celui qui, nourri de sobriété, nous vient du fond des âges – les bases de l’édifice sont celles d’un temple dédié à Mars qui, au Ve siècle, sous les Mérovingiens, fut établi en église !
Attention à la marche, messieurs-dames… et n’oubliez pas le guide !

Patrick Bernard
Sérigraphie et photos Pierre Pavard

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